La nuit dernière, j’ai travaillé. Une nuit plutôt tranquille, sauf au tout début où j’ai dû retenir une patiente pour qu’elle ne réussisse pas à se jeter par dessus la rampe d’escalier qui lui aurait procuré une chute de 2 étages sur du marbre et ainsi perdre la vie. J’ai déjà assisté d’autres unités à des urgences, mais elles étaient bien moins graves. C’était ma première. On m’avait demandé de la surveiller pendant qu’on appelait l’infirmier de l’unité qui l’hébergeait, en prenant soins de me signifier qu’elle était « attirée par le vide » . Elle était accotée sur la rampe, regardant en bas. Désolé, je n’ai pas eu la présence d’esprit de prendre une photo de la vue splendide… Google à ma rescousse, j’ai pu trouver ces deux images qui ressemblent au dit escalier:


(Un peu du même genre et du même âge. Imaginez simplement 2 étages et un plancher en marbre. Il y a cela d’heureux, la rampe était solide: aucun risque qu’elle cède.)
Bon, pour que tout travail ne soit pas vain, je partage aussi avec vous certaines des images que j’ai croisées lors de ma recherche…
(Au sujet de celle du gars qui tombe dans l’escalier, allez voir le site du photographe, c’est vraiment hot ce qu’il fait: Did you fall for it?)
La suite de mon histoire? Là faut vraiment que je dorme un tout petit peu, « à minima » comme aime dire l’un de mes profs pompeux…
(Après un long roupillon)
Seul avec elle, je tente de créer un rapport en lui demandant quel était le livre qu’elle avait entre les mains. Elle me le donne (je me dis « ah, c’est bon signe, elle accepte un certain contact » ). Je le regarde et lui demande « c’est une histoire vécue? » . Elle hoche la tête à l’affirmative, met les mains sur la rampe et prend son élan pour l’enjamber! Je lâche le livre (après tout, il y a des moments plus propices pour la lecture) et m’empresse de la retenir. Ayant réussi à mettre le mollet gauche de l’autre côté de la rampe elle avait ainsi un levier qui décuplait sa force. J’ai de la peine à la retenir. J’ai un bouton d’urgence sur mon téléphone de l’hôpital. Pour sonner l’alerte, il faut le presser deux ou quatre secondes, je ne suis plus certain. Peu importe, pour procéder je dois avoir un bras libre pour cette période de temps. Il se trouve que j’ai les bras assez occupés et mon instinct me dit qu’ils sont d’une nécessité vitale là où ils sont. Mais en même temps, pourrai-je la retenir jusqu’au moment où les autres (n’ayant pas idée de la gravité de la situation) arrivent? Suivant ces cinq ou six secondes de réflexion (c’est fou ce qu’on peut penser beaucoup en très peu de temps!) je réussis à presser le bouton pendant autour de deux secondes. C’est la première fois que j’utilise l’alarme – je ne sais pas si mon téléphone me donnera un signe que l’alarme est lancée. Après quelques secondes j’ai un doute et recommence, cette fois suffisamment longtemps pour voir mon téléphone s’activer. Mais pendant ce temps de récréation allouée à mon bras droit (eh oui, maintenant je comprends que l’alarme devrait être du côté gauche pour moi qui est droitier) la jambe que j’avais réussi de peine et de misère à rapatrier sur le droit chemin a repris sa position, précarisant mon pouvoir de rétention. Mais l’alarme étant bien lancée, sachant qu’on ne rit pas avec ça et qu’on y répond vite (en fait non, je l’ai appris à ce moment puisque la première fois que j’ai répondu à une telle alarme j’y suis allé plutôt en touriste, et quoique je m’étais fait légèrement grondé, je n’avais pas tout à fait intégré le sentiment d’urgence – mais ces quelques secondes suspendues entre la patiente, le sol meurtrier et moi ont permises une rapide intégration du concept) je décide donc que la meilleure stratégie serait de tout simplement ne pas lâcher prise jusqu’à l’arrivé des renforts. Ceux-ci arrivent effectivement dans les dix secondes et l’incident fatal est évité.
Le reste de la nuit fut tranquille. Ce qui m’a permis de repasser cet événement en revue maintes fois. Comment me serais-je senti si je n’avais pu la retenir? Ma présence l’a-t-elle précipitée vers la fuite? etc. etc. etc.
Le chemin du retour, rallongé par maintes embûches logistiques, fut plus long qu’habituellement. J’arrive chez moi. J’ouvre la porte. Une odeur d’ordures attaque mes narines. Ah bon. Il se trouve que j’avais mis à la poubelle une éponge qui commençait à sentir le vieux, pour le dire poliment. Seulement, la poubelle de mon petit studio n’est pas très étanche, pour le dire poliment. Il semblerait que les bactéries s’en seraient mises à coeur joie là-dedans. Alors après une dure nuit c’est la corvée des vidanges. J’en profite pour m’occuper aussi du compost, qui prend normalement rapidement une odeur de revenez-y, mais qui cette fois-ci s’est gardé une petite gène. « Bon, alors je vais utiliser ma fidèle lampe Berger et magiquement rayer cette odeur nauséabonde de mon univers! » . Hum. Après trois essais, il semblerait qu’elle soit en grève. Je n’ai jamais vu une lampe Berger ne plus fonctionner du jour au lendemain, mais puisque j’aime expérimenter le jamais-vu, je suis bien servi! Après quelques bâtons d’encens et une ventilation majeure, l’air semble avoir pris un air de déjà-vu. Enfin, il semble, mais je n’ose pas mettre le nez dehors pour comparer. Le sommeil semble bien trop invitant.
Voici un petit montage vidéo de 12 secondes qui, de près ou de loin, exprime certaines choses qui, de près ou de loin, me serviront de souvenir de cette nuit folle (par contre, n’y cherchez pas trop longtemps de liens, c’est simplement à regarder avec l’esprit ouvert…) :
Echo Inn Light (bigger) on 12seconds.tv
*Note: Je me réserve le droit de déclarer toute cette histoire comme étant inventée de toutes pièces, quelques pièces ou aucune pièce.
Update 02/07: j’ai acheté une nouvelle mèche pour ma lampe et elle a retrouvé sa jeunesse!


















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